Extrait d'un texte magnifique de Sadok Zmerli disponible sur Gallica:
Congrès de l'Afrique du Nord, tenu à Paris, du 6 au 10 octobre 1908
"L'INSTRUCTION DE LA FEMME MUSULMANE. CE QU'ELLE DOIT ÊTRE "
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(...)
p. 285
Ce fut seulement au siècle dernier, sous l'impulsion vigoureuse donnée en Egypte aux sciences, aux lettres et aux arts par Mohamed Ali, et en Turquie par les Sultans Mahmoud et Abdulmedjid, créateur du Nizam, que l'Orient commença à se relever de ses désastres et à gravir lentement l'échelle du progrès.
L'instruction fut la première préoccupation de ces souverains : ils la prodiguèrent indistinctement aux deux sexes, jugeant que la régénération et le relèvement moral et intellectuel d'un peuple sont fonction de son degré de culture.
Pendant que la Turquie et l'Egypte, grâce à la largeur de vue et à la clairvoyance de leurs souverains, se libéraient franchement des préjugés séculaires et entraient résolument dans la voie du progrès, la Tunisie livrée à l'arbitraire de ses gouvernants et ruinée par les impôts, voyait encore s'épaissir les ténèbres.
L'instruction toute rudimentaire et purement religieuse s'arrêtait à l'enseignement des kouttabs où les femmes n'avaient pas accès et de la Grande Mosquée où sa présence eût été scandaleuse.
Sous le ministère libéral du général Khéreddine, plusieurs réformes importantes furent introduites, tant dans l'administration et la justice, que dans l'enseignement public : aucune cependant ne fut tentée en faveur de l'instruction féminine. L'éminent homme d'Etat qui fut le créateur de l'évolution intellectuelle de la Tunisie s'était-il complètement désintéressé du sort de la femme, ou avait-il jugé que l'heure n'était pas encore venue de toucher à une question aussi délicate et à laquelle l'opinion n'était pas préparée? La seconde hypothèse nous parait la plus vraisemblable. Les circonstances n'étaient en effet guère propices.
Arrivé au pouvoir au milieu d'une crise politique et financière, Khéreddine dut penser au plus urgent : doter la Tunisie d'un établissement scolaire capable de lui fournir les fonctionnaires dont elle avait besoin. Il créa donc le Collège Sadiki. D'autre part, ne voulant pas négliger l'enseignement religieux et juridique de la Grande Mosquée, il réorganisa, avec le concours d'une commission de savants et d'écrivains, le programme de cette séculaire université et y fonda une nouvelle bibliothèque qu'il enrichit de nombreux ouvrages anciens et
modernes. Mais la durée fort courte de son ministère ne lui permit pas de réaliser toutes les réformes projetées, et la Tunisie perdit en lui le seul homme capable de la conduire sagement vers des destinées meilleures. Avec son départ, également, le mouvement intellectuel commencé s'était arrêté, et de longtemps
il ne devait pas reprendre.
Dans les années qui précédèrent et suivirent l'établissement du Protectorat, nul ne songea à cette question. Or il est inadmissible aujourd'hui que la Tunisie, et nous ne voulons parler que des villes et des centres importants, reste plus longtemps privée d'établissements scolaires pour les jeunes filles musulmanes. -p. 286-
de la nécessité d'instruire la femme a fait de grands progrès dans notre pays, et si elle rencontre encore quelque opposition dans certains milieux réactionnaires, on ne doit pas s'arrêter à ces manifestations isolées, en tout cas sans importance. (...) "
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