vendredi 24 mai 2013

Mohamed LASRAM : LA KHALDOUNIA A TUNIS, 1908.

Texte extrait de :
Congrès de l'Afrique du Nord, tenu à Paris, du 6 au 10 octobre 1908. (A lire sur Gallica)

LA KHALDOUNIA A TUNIS
Rapport de M. Mohamed LASRAM




"Au cours de la discussion des statuts, comme on cherchait une appellation susceptible de réunir tous les suffrages, quelqu'un ayant prononcé le nom d'Ibn Khaldoun (1), le grand historien de l'Afrique du Nord, dont les Prolégomènes contiennent un magistral exposé de la méthode qu'il convient d'appliquer à
l'étude des sciences, on décida de donner à la jeune société le nom de « El Khaldounia ».
Le projet de statuts, adopté par l'assemblée générale, fut ensuite transmis, pour approbation, au gouvernement tunisien, et le 22 décembre 1896 intervenait un arrêté du Premier Ministre autorisant la société à se constituer.
II. — BUT ET ORGANISATION
Le programme de la Khaldounia est défini clans l'art. 2 de ses statuts ainsi conçu :
« Cette société a pour but de rechercher les moyens propres à développer l'instruction chez les Musulmans. A cet effet, elle se propose en particulier :
1° D'organiser des cours et des conférences qui concerneront plus particulièrement l'histoire, la géographie, la langue française, l'économie politique, l'hygiène, la physique, la chimie, etc.;
2° De faciliter à ceux qui en seront dignes les moyens de compléter leur instruction;
3° D'encourager la création de bibliothèques;
4° De créer un bulletin qui se publiera en arabe et en français. Ce bulletin aura pour principal objet de contribuer à faire connaître aux Français la civilisation arabe, et aux Musulmans la civilisation française. »
La création de la Khaldounia répondait à un besoin évident de la population indigène. Les jeunes Musulmans ne fréquentant pas les établissements scolaires du Protectorat, — et c'est le plus grand nombre, — ne pouvaient recevoir des notions, même élémentaires, des sciences modernes, non professées à l'Université de la Grande Mosquée. Cette grave lacune dans l'enseignement donné auxindigènes tendait à maintenir la défiance entre deux peuples faits pour marcher d'accord dans la voie du progrès, et à entretenir un malentendu fâcheux entre deux civilisations ayant puisé à des sources communes leurs aspirations et leurs
manifestations artistiques et littéraires.
Ce n'est que par la connaissance de sa langue, de son histoire, de son évolution dans le domaine scientifique que la nation protectrice peut s'imposer à l'estime et au respect des populations placées sous son influence. Toute domination basée sur la force est éphémère et indigne d'une nation généreuse telle que la France, l'initiatrice des idées de liberté et de justice. Tous les efforts des comités qui se sont succédé à la Direction de
(...)
Le nombre des membres de la Khaldounia, qui était, à la fondation de la société, en 1897, de 90, est actuellement de 463, dont 312 résidant à Tunis.
La Khaldounia a élu domicile près de l'Université de la Grande Mosquée, dans un local qui se composait primitivement d'une vaste salle de cours et de conférences, et d'une salle, de dimensions modestes, servant de lieu de réunion pour le comité. Après trois ans de fonctionnement et devant l'empressement des auditeurs, il a fallu songer à agrandir le local afin de multiplier les cours et d'organiser une bibliothèque arabe moderne. L'ancienne médersa El-Asfouria ayant été mise par le gouvernement à la disposition de la société, une salle de cours, deux salles d'étude et une salle de lecture y ont été aménagées d'une façon convenable, et la bibliothèque si impatiemment attendue a pu également y être installée." (pp. 174-175)

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